Prison à ciel ouvert

15 juillet 2010

cc flickr/nuck

Le gouvernement local de Pékin a décidé de verrouiller l’accès aux villages de périphérie où habitent de nombreux travailleurs migrants, pauvres pour la plupart.

C’est l’inverse de ce qui était décrit dans cet article. Les résidences fermées destinées aux plus riches ont pour but de bloquer l’accès aux personnes indésirables. Il est interdit d’y entrer sans invitation. Et les gens vont y habiter par choix.

Dans le cas de ces villages fermés, les habitants y vont par obligation. Ils n’ont pas assez d’argent pour habiter dans d’autres quartiers, et doivent donc se rassembler dans ces villages de travailleurs migrants. La création de ces zones fermées a aussi un but différents : empêcher aux habitant de sortir la nuit. La fermeture est effective de 23h à 6h. Si les habitants veulent éviter de dormir dehors, ils doivent donc rentrer avant 23h.

La raison officielle est la lutte contre la criminalité. La hausse de 10% par an des meurtres, vols et viols met en danger la fameuse société harmonieuse vantée en toutes occasions. Mais l’efficacité de la fermeture des villages pour résoudre ce problème reste à prouver. Les vrais criminels n’ont probablement pas peur de rester dehors la nuit, contrairement à ceux qui travaillent 14h par jour pour un salaire de misère.

Le hukou est probablement ce qui rend ces mesures possibles. Le hukou est un permis de résidence. Chaque Chinois en a un, et c’est ce document qui conditionne l’accès à la scolarité, aux services sociaux, et autres services publics. Le problème est que les travailleurs migrants qui arrivent dans une nouvelle ville n’ont pas de hukou correspondant, et que pour obtenir ce document, il est très fortement conseillé d’avoir un bon diplôme ou un bon travail. Ils n’ont donc aucun droit, se retrouvent en marge de la société (encore plus que si ils étaient juste pauvres). Des discussions sont en cours pour supprimer ce système discriminatoire, mais les plus vieux et plus conservateurs membres du gouvernement y sont attachés, et les réformateurs sont souvent « harmonisés » (censurés). Par exemple il y a quelques mois, plusieurs journaux ont publié un éditorial commun favorable à la suppression du hukou. Peu après la diffusion sur internet, les articles en question ont été supprimés.

Apparemment, ce contrôle des lieux d’habitation n’est pas inhabituel. J’ai été très surpris lors de ma visite chez mes beaux-parents de voir des gardes à l’entrée du groupe d’immeuble où ils habitent. Le quartier était pourtant assez modeste, rien à voir avec une résidence de luxe.

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